Le plus occidental des 8 000 se dresse au-dessus de la vallée de l'Indus, tel un « pilier d'angle » qui soutiendrait le toit du monde et comporte des reliefs, des ressauts et des glaciers suspendus d'une « extrême sauvagerie ».

Testé dès 1895 par le célèbre Mummery et le futur général Bruce. Ce n'était pas l'époque des expéditions totales et Mummery se trouva bientôt isolé devant le premier géant, car le congé de ses amis avait pris fin. Mummery réussit, avec un seul Gurkha, un 6 100 mètres, aussi à l'aise que s'il était sur les Aiguilles de Chamonix. Mais tel Mallory trente ans plus tard, Mummery ne revint jamais.

La « Montagne nue » (Nanga Parvata) ne fut approchée que trente-sept ans plus tard par une expédition germano-américaine qui eut l'interdiction de traverser les villages, tout au long des 300 kilomètres d'approche ! Elle dut employer comme sherpas ces fameux Hunzas qui igno­rent la maladie et vivent centenaires mais ne se nourrissent que de chapatis, galettes de farine cuites au feu de bois dans des poêles de fer, et pas autrement. Ils volèrent l'essentiel de l'équi­pement. Puis les porteurs tombèrent tous malades et les sahibs durent se coltiner toutes les charges. La mousson arriva trop vite...

L'année suivante, la leçon fut retenue avec

cinq cents porteurs et trente-cinq sherpas d'élite commandés par le sirdar Lewa qui déjà avait escaladé plusieurs 7 500 mètres. Après un début prometteur qui laissait augurer une première victoire sur un

8 000, la tempête qui sévit neuf jours transforma l'espoir en agonie interminablement lente. Les neuf alpinistes moururent les uns après les autres, de faim, de froid, d'épuisement.

La quatrième tentative, en 1937, fut encore plus affreuse. Sept alpinistes et neuf sherpas venaient d'installer le camp V et dormaient profondément. Juste avant minuit une montagne de glace déferla sur les tentes. Ils moururent tous avant même d'entendre le fracas de la monstrueuse avalanche. Ce qui n'empêcha pas Paul Bauer de susciter un élan identique l'année suivante et, pour la première fois, un trimoteur (Junkers) parachuta des vivres. La route fut améliorée et la radio utilisée quotidiennement. Mais la mousson refoula les techniciens alertés par un parachute de l'imminence d'une tempête.

En 1939, l'expédition allemande se fit piller par ses Hunzas, se vit abandonner malgré lui par son protecteur anglais qui se noya, et acheva son périple derrière des barbelés : entre-temps la Seconde Guerre mondiale avait commencé ! Diamir, « le Roi des montagnes », appellation d'origine contrôlée, n'avait pas dit son dernier mot.

Il faudra Buhl en 1953, au terme du premier solo de l'Histoire, pour vaincre la « Montagne nue ».

 

Extrait du livre écrit par Nicolas Hulot (L'Everest chez Albin Michel) sur l'historique des ascensions de l'Everest et des sommets de plus de 8000m.

 

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NANGA PARBAT

                    8 126 mètres